Extrémismes : l’Europe joue-t-elle à se faire peur ?

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La performance de Marine Le Pen est sue (17,9% au premier tour), elle mérite d’être lue : il faut en effet trouver entre les lignes s’il s’agit de votes d’humeur ou d’une lame de fond, une “ vague ” qui pourrait se confirmer à l’occasion des législatives de juin prochain, en déparant définitivement le décor “ UMPS ”.

A priori, ce cas de figure est improbable. La seule législature qui ait vu des élus du Front national est celle de 1986. Et pour cause, le scrutin proportionnel avait été partiellement introduit. Les percées électorales du Front national se font par à-coup. En 2011, au premier tour des cantonales déjà on avait craint le pire en raison de leurs scores plutôt bons, mais le pire n’est jamais arrivé.

Et si les Français voyaient la vie en bleu marine ?

En surfant sur la vague du succès de sa candidate à la présidentielle, le “ rassemblement bleu marine ” peut réserver aux observateurs politiques français la surprise du Chef. Ceux-ci en confirmant l’idée que l’adhésion à Marine Le Pen est une réaction de crise et de sanction oublient de préciser que le choix même de Hollande sera un “ choix par défaut ”, celui de Sarkozy, éventuellement, un “ choix contraint ”. De ce point de vue, les Français peuvent estimer qu’ils ne voient pas la vie en rose, pas même en bleu, mais que le bleu marine est une option comme une autre.

A y regarder de très près, l’affaire Trayvon Martin, où l’on a vu un crime xénophobe être justifié par les lois d’autodéfense (stand your ground) révèle que la société américaine par exemple vit tant bien que mal avec ses extrémismes. Le “ problème ” de l’Europe, c’est qu’elle en a vécu les ravages historiques et ne porte pas le même regard sur l’autre, sur le politique, sur la violence.

C’est surement une consolation que les partis populistes européens ne soient pas si européens que ça, c’est-à-dire qu’ils ne croient généralement pas à l’Europe, ne forment pas une famille homogène ou une “ internationale ” avec une structure et une stratégie identifiée de conquête du pouvoir et de diffusion de leurs idées.

L’extrémisme : un réel danger

Tous ceux qui votent pour Sarkozy ne sont pas contre le mariage homosexuel, il ne faut pas être convaincu que le principal ennemi de la France soit “ le monde de la finance ” pour voter Hollande, de même l’adhésion à Marine le Pen n’est-elle pas une caution de la xénophobie et du racisme. Il y a comme un cercle vicieux qui rend hasardeuse toute recherche d’antériorité entre la crise économique, le regain des nationalismes et les mouvements extrémistes en Europe (Suède, Bulgarie, Suisse, Belgique, Roumanie, etc.).

L’extrémisme, qu’il soit de gauche (nazisme, stalinisme, etc.) ou de droite est dangereux. La paix quant à elle est une conquête de tous les instants. Mais le principal danger à la paix n’est pas toujours l’extrémisme lui-même mais les conditions qui rendent possible son émergence. L’invocation de l’extrémisme peut servir à colorer la caricature qu’en font les bien-pensants quand ils mettent dans cette catégorie bien commode le Front national, qui ne s’en réclame pas forcément.

L’extrême droite en France c’est surtout la critique de l’immigration et de l’Europe. L’Islam a bon dos et l’ensemble de la classe politique française flirte régulièrement avec la stigmatisation de cette religion. De ce point de vue, c’est la classe politique qui devient extrême quand la société elle continue de plébisciter Yannick Noah, Omar Sy, Jamel Debbouze symboles de la différence et de l’intégration.

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