L’Afrique s’éveille-t-elle réellement ?

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Google a l’intention d’investir dans l’innovation en Afrique. Selon la directrice chargée de la politique et des relations avec Google Afrique, Ory Okolloh, qui s’exprimait, vendredi dernier, lors des sessions interactives au Forum économique mondial sur l’Afrique à Addis-Abeba, cette décision permettrait une fusion entre les innovations technologiques et les technologies productives.

Le transfert des technologies a longtemps été posé comme l’une des conditions du développement industriel de l’Afrique. Aujourd’hui, avec les nouvelles technologies, la communication des savoirs est rendue plus dynamique. Google, qui compte déjà des bureaux régionaux au Caire (Egypte), à Nairobi (Kenya) et en Afrique du Sud ambitionne de quadriller l’Afrique subsaharienne. Le géant américain, dans le think tank duquel (Google ideas), l’on compte des Africains parie sur l’expansion du continent.

Google veut-il participer au réveil de l’Afrique ou profiter d’un éveil que les analystes jugent inéluctable ?

Avec des taux de fécondité atteignant régulièrement 7 enfants par femmes (Indice synthétique de fécondité au Mali : 7,42 enfants/femme), on peut considérer que ni le sida, ni les crises économiques n’ont eu raison de l’optimisme des populations africaines.

La part de l’Afrique dans le commerce international a décru. Les affaires y représentent aujourd’hui à peine plus de 2% du volume des échanges mondiaux pour 14% de la population.

D’un strict point de vue arithmétique, en ne considérant que les chiffres donc, l’Afrique va mal. A la fin des années 50, ce continent représentait 14% du commerce mondial pour 9% de la population. L’Afrique représente aujourd’hui 80% des 50 pays les moins avancés.

Les accords préférentiels du type AGOA (African Growth and Opportunity Act) ou APE (Accords de partenariat économique) ne profitent pas aux économies africaines en raison de problèmes de compétitivité. Le cas de l’agriculture est typique, où l’on voit toutes les protections sociales (subventions) qui entourent les agriculteurs des pays du Nord léser les économies du Sud (coton, sucre, etc.).

L’OMC plafonne à 19 milliards de dollars les financements que les Etats-Unis peuvent chaque année octroyer à des programmes agricoles déterminés (ce qui est déjà déloyal vis-à-vis des concurrents africains). Seulement, en se fondant sur un système complexe d’aides et de crédits d’impôts, Washington verse environ 50 milliards de dollars à son agriculture, au détriment des producteurs africains.

Au plan des idées, les auteurs et les universitaires qui continuent à servir de références sont les intellectuels des années soixante ou ceux qui leur ont succédé, dans les années 80. La France reste une sorte de capitale culturelle et Paris, le siège de la Françafrique. La mode détestable des alternances violentes continue de faire fureur (Mauritanie, Côte d’Ivoire, Lybie, Mali, etc.) et les frontières restent des marqueurs d’une incapacité à s’unir (Soudan, etc.).

Une Afrique à plusieurs vitesses

Mais certaines avancées sociales (la question du genre, le recul de l’analphabétisme, etc. ) masquent d’une part de graves disparités d’un pays à l’autre, d’un citoyen à l’autre, et, en même temps, d’autre part, une proportion inacceptable de citoyens vivant sous le seuil de pauvreté.
Enfin, il y a comme une Afrique à plusieurs vitesses, l’Afrique du Nord n’est pas l’Afrique australe, le goulot de misère et d’étranglement entre les deux est une juxtaposition de 33 pays parmi les moins avancés, sur les 48 que compte le Conseil Economique et Social des nations Unies. Si le sida est en perte de vitesse (et vedettariat), le paludisme et la drépanocytose se portent plutôt bien, pour ainsi parler.

Dire que l’Afrique s’éveille - comme l’a titrée la dernière édition de la revue BOOKS - c’est infantiliser ses populations, c’est supposer que l’Afrique était dans une espèce d’enfance ou d’ignorance, c’est irresponsabiliser tous les pères bâtisseurs des nations africaines, qui en leur temps ont sué sang et eau pour que soit assurée dans le concert des Nations la place du continent, berceau de l’humanité. L’Afrique ne s’éveille pas, parce qu’elle n’a jamais été endormie, ici plus qu’ailleurs le progrès est un mythe.

Ceci dit, eu égard à la croissance, à la multipolarisation (BRICS) du monde économique dont le centre de gravité est en train de passer au Sud, il y a des raisons de croire et d’espérer en la fin de la léthargie. Les perspectives économiques ne sont pas noires, il s’agit maintenant de toucher des horizons qui se dérobent sans cesse de transformer en réalités ce qui est depuis toujours visions.

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