Marine Le Pen, La Dame de Droite

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Avec plus de 18% de suffrages en sa faveur, la candidate fait mieux que Bayrou en 2007, mieux que son père en 2002 : elle restaure l’extrême droite et pose les jalons d’un futur dans la configuration duquel elle devra peser.

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Un sondage Ifop, particulièrement insolite, s’est récemment intéressé aux habitudes sexuelles des partisans des principaux candidats à la présidentielle.

Il en était résulté une sorte de conservatisme, d’arriération chez les militants d’extrême droite, qui étaient moins “ open ” comme on dit justement pour faire moderne.

Pourtant, ce sont eux qui ont placé si haut une femme. Le “ troisième homme ” de cette présidentielle est aussi la première dame de droite à faire un score aussi élevé, la première personnalité politique à réunir autant de suffrages, tout en appartenant à un parti que l’on confine dans les marges et dont les électeurs sont souvent regardés comme des naïfs, des déçus, des enragés… Marine vient donc de gagner ses galons de personnalité politique de premier plan.

Sa touche d’originalité réside dans les formes qu’elle a soignées et dans le fond qu’elle a retravaillé : une féminité de plus en plus affichée, une sorte de “ lightitude ”, de “ softitude ”, cette légèreté dans le ton qui frisait le dilettantisme et tranchait d’avec la gravité et la mine guindée, presque compassée, des deux favoris (Nicolas Sarkozy et François Hollande).

Cette extrême-droite qu’on redoute n’est pas forcément telle qu’on l’a redouté : c’est le message que la candidate d’extrême-droite s’est attachée à faire passer. Elle ne s’est pas contentée de marcher sur les brisées de son père, elle a tracé son propre sillon, elle est en train de trouver sa “ voix ”, a su adapter son discours à un électorat qu’elle a réussi à rajeunir. Marine Le Pen a fait évoluer le discours d’extrême droite en ce sens qu’elle n’est pas ouvertement xénophobe comme son père et ne multiplie pas des dérapages pour mieux marquer sa différence.

Chez elle, le style, la façon de dire, disent plus que le dit. Mais pour ne pas s’enferrer dans des paradoxes, un opportunisme propre justement aux candidats plus traditionnels, entendez ceux que la photo de la France politique s’empresse de mettre au premier plan, les consignes de vote, ou au minimum son opinion sur le second tour, ne sont pas évidentes a priori et seront difficiles à soutenir a posteriori, à moins que… Pour qui votera-t-elle au second tour ?

A moins qu’elle ne prône l’abstention massive, il lui sera difficile de “ choisir entre la peste et le choléra ” (Maître Collard) si elle veut rester cohérente. Voter pour Sarkozy, alors que son père l’a donné battu serait improductif et franchement incompréhensible. Elle n’a pas ménagé Nicolas Sarkozy et l’a raillé à longueur de campagne. Pour autant, imaginer Marine Le Pen donnant des consignes de vote en faveur de François Hollande serait aussi parfaitement ridicule que l’a été la candidature de Jacques Cheminade.

Sarkozy ne manquera pas de lui faire des appels du pied, elle ne manquera pas de faire sa coquette, mais il n’est pas absurde ni improbable qu’elle finisse par négocier, à défaut d’une dose de proportionnelle aux prochaines législatives, des sièges, voire des places au prochain gouvernement UMP : il lui faut asseoir son importance nouvelle.

Le Capital qu’elle a accumulé est en effet un capital immatériel, voire volatil ; elle serait bien inspirée de l’utiliser. Car s’abstenir de s’en servir c’est le dissiper comme l’a fait avant elle François Bayrou.

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