Si c’est un homme 

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Y a-t-il une limite à la dignité humaine au sein de la République ? En empruntant cette question si lapidaire à Primo Lévi [1], il apparaît utile de s’arrêter un moment sur la réaction d’une République atteinte dans sa chair. Les évènements tragiques de ces derniers jours, sous fond d’idéologie meurtrière, suscitent une interrogation profonde de la nature humaine. Plus encore celle de la dignité humaine – principe éminemment républicain. Celui qui fait mal à la République est-il encore un homme aux yeux de celle-ci ? La douleur vive provoquée par la tuerie de Toulouse a –t-elle conduit la république à poser une limite à la dignité humaine ?

Les atermoiements et la polémique étouffée autour des obsèques de l’auteur de la tuerie de Toulouse laissent plus que dubitatif. A la question de savoir si la dépouille de l’infante meurtrière de la République peut être inhumée sur le sol de celle-ci fait monter l’inquiétude sur le caractère inaliénable voire sacré du principe de dignité humaine.

Le simple fait de se poser cette question dénote un paradoxe inaudible. Le berceau des droits de l’homme, la défenseure de la dignité humaine nierait-elle l’humanité à l’un de ses fils en laissant planer le doute sur le devoir de respect des morts parce que celui-ci est devenu un bourreau du peuple ?

En effet, la république a eu mal, et nous avec elle. Les évènements tragiques de Toulouse l’ont viscéralement blessée. Cependant, l’auteur de cette douleur incommensurable est l’un de ses fils, l’un d’entre nous, devenu bourreau du peuple. Entre émotion vive et principe républicain d’universalité de la dignité humaine, que doit faire mère République de la dépouille de ce fils qui lui a fait si mal ? Doit-elle l’expulser loin de chez elle ou l’inhumer sur son sol avec « regret » dit-on ? Les questions sont infinies tant la réponse pourrait être inquiétante.

Le vocable employé pour décrire ce défunt enfant de la République s’est construit autour d’une idée de monstruosité. Concédons que le choc et la douleur auraient pu justifier ces qualificatifs de “monstre”, “de personnage inhumain” permettant ainsi au peuple d’exorciser sa douleur, de dire que celui-là n’est pas comme nous car nous sommes incapables de commettre de telles atrocités. Et face à une telle tragédie, la mémoire vive de l’horreur restera. L’émotion subie sera commémorée car nous avons un devoir de mémoire qui s’est forgé sur la maxime “plus jamais ça”. Mais puissions-nous compter sur la république afin qu’elle reste stoïque et ne se demande plus si l’un de ses fils et bourreau mérite le respect de sa dépouille. Car, il doit par dessus tout demeurer un homme.

[1« Si c’est un homme » Primo LEVI, récit autobiographique, écrit entre 1945 et 1947

2 Messages

  • Si c’est un homme  le 8 avril 2012 à 21:37, par Lio

    On naît peut-être en tant qu’ humain, mais il n’est pas sûr que l’on devienne un homme. Quant à être Français, il ne suffit pas d’avoir un passeport de la République.
    Lio de France.

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    • Si c’est un homme  le 13 avril 2012 à 17:04

      Mlle, faut-il un passeport ... de la République pour être un Homme ? La nationalité ne fait pas l’humanité.
      Lio du monde

      repondre message

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