Un couple d’origine guinéenne jugé pour l’excision de leurs filles

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Un couple d’origine guinéenne comparaît aujourd’hui devant les assises de Nièvre pour avoir mutilé ses quatre filles en procédant à leur excision, une coutume ancestrale pratiquée dans de nombreux pays africains mais interdite en France.

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Le père est ancien marabout de 54 ans qu’un accident vasculaire cérébral en 2003, a rendu “gravement invalide” et la mère est une femme au foyer de 44 ans. Tous deux sont arrivés en France à la fin des années 1980. Ils sont poursuivis pour “complicité de violence volontaire ayant entraîné une mutilation sur une mineure de moins de 15 ans par ascendant”. Le couple encoure 15 ans de réclusion criminelle.

Une première information judiciaire judiciaire s’ouvre en 2005, lorsque l’aînée de la fratrie alors âgée de 14 ans est opérée de l’appendicite. Le personnel de l’hôpital de Nevers s’aperçoit qu’elle a été excisée. Il signale le cas aux autorités. Lors d’un examen médical sur les quatre sœurs, il apparaîtra au médecin que les deux aînées ont été victimes d’une excision, ce qui n’est pas encore le cas des deux cadettes. Entendu par les enquêteurs, le père déclare d’abord ne pas savoir qui a excisé ses filles, avant de mentionner une femme qui aurait pratiqué l’excision au domicile familial en son absence et celle de son épouse. Il dit également ignorer que l’excision est interdite en France et que celle-ci a été pratiquée sans son accord. De leur côté, les filles déclarent “se souvenir de rien” et “ne jamais avoir quitté la France”. Les deux parents sont placés sous contrôle judiciaire en 2005.

“Les parents avaient pourtant été avertis de ne pas recommencer”

En janvier 2009, l’hôpital de Nevers signale que la plus jeune des filles, alors âgée de sept ans, vient d’être admise pour “d’importants saignements vaginaux”. L’enfant, victime d’une “tentative d’excision”, selon les examens médicaux, refuse d’indiquer ce qui s’est passé. À cette occasion, il ressort que l’autre sœur cadette a également été excisée entre 2005 et 2009. Les parents affirment, une fois de plus, “tout ignorer de cette excision”. L’expertise psychologique des deux filles cadettes conclut à une soumission “totale à l’autorité familiale, l’excision étant un sujet tabou dans la famille”.

“Cette affaire est une première dans la mesure où les parents ont été avertis en 2005 avant de recommencer”, selon Me Linda Weil-Curiel, avocate de la Commission pour l’abolition des mutilations sexuelles (Cams), qui s’est constituée partie civile. Selon elle, “une quarantaine” d’affaires de ce type ont été jugées en France.

Pour l’avocat des parents, Me Guillaume Valat, “plutôt que de contester les faits, il s’agit d’expliquer le pourquoi et le contexte culturel”, a-t-il déclaré.

Bien que les femmes africaines luttent contre cette ablation totale ou partielle du clitoris - des petites et parfois des grandes lèvres à l’entrée du vagin - qu’elles subissent depuis des siècles, l’excision continue d’être pratiquée sur les jeunes filles, en majorité ouest africaines.

Si le nombre de femmes excisées en France n’est pas connu, l’Institut national des études démographiques (Ined) estimait, dans ses données de 2007 qu’il y avait en France en 2004 environ 50 000 femmes adultes excisées, des migrantes ou femmes nées en France de parents originaires d’Afrique. Selon la même étude, de 100 à 140 millions de filles et femmes seraient excisées dans le monde, notamment en Afrique, dans des proportions très variables (1,4 % au Cameroun, 96 % en Guinée).

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