Comment se pratique l’islam dans les prisons ?

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Selon certains, la prison serait “le creuset de l’islamisme radical”. Pourtant, le phénomène reste marginal. Explications.

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“Il y a un terreau qui est celui de la pauvreté, de l’absence de repères, qui peut conduire à la délinquance, mais qui conduit aussi à l’engagement qui est celui de l’islamisme radical. On le trouve dans certains quartiers. En prison aussi.” Pour Manuel Valls, le constat est clair. Le ministre de l’Intérieur marche sur les pas de Nicolas Sarkozy. Après la mort de Mohamed Merah, qui avait effectué une peine de prison ferme en 2008, l’ancien président de la République avait demandé “une réflexion approfondie sur la propagation des idéologies extrémistes en milieu carcéral”.

Qu’en est-il ? La prison est-elle, comme l’affirment certains, le “creuset de l’islamisme radical” ? Aucune étude ne mesure avec précision les conversions à l’islam en prison, encore moins un islam radical. Pour autant, “longtemps, les prisons françaises ont été un lieu de radicalisation et de recrutement pour les djihadistes”, explique Farhad Khosrokhavar, directeur de recherche à l’École des hautes études en sciences sociales, spécialiste de la radicalisation islamiste en prison. Les "meneurs" sont souvent des jeunes en rupture avec leur famille, et qui ont le sentiment d’être victimes d’une société injuste. “Ils traduisent leur haine à travers le religieux. Ils deviennent des moralisateurs qui ne luttent plus pour gagner de l’argent mais pour instaurer, disent-ils, un monde meilleur”, ajoute le sociologue.

Observés par les services de renseignements

La situation a changé avec les attentats du 11 septembre 2001. “L’administration pénitentiaire, qui se cachait jusque-là derrière le principe de laïcité, a pris en compte cette dérive”, souligne le spécialiste. Les changements de comportement sont observés, analysés, répercutés aux services de renseignements. Une barbe devenue trop longue, des détenus qui ne veulent plus serrer la main des surveillants... “Des appels à la haine, parce que c’est bien de cela qu’il s’agit”, estime Marc Astasie, secrétaire général de la CGT Pénitentiaire. Une fois repérées, les “brebis galeuses” sont transférées dans d’autres établissements. Mais quelle trace laissent-elles derrière elles ? “Pas grand-chose, assure Marc Astasie. En fait, on s’aperçoit que les jeunes les fuient parce qu’ils veulent poursuivre une détention dans de bonnes conditions et, in fine, bénéficier de remises de peine.”

Pour apprendre à décoder ces comportements déviants, les surveillants des établissements pénitentiaires rencontrent au cours de leur formation un imam, qui leur explique comment se pratique “la première religion des prisons”. Les imams “sont des interlocuteurs indispensables et des acteurs de premier plan pour repérer ceux qui surinvestissent la sphère religieuse”, analyse Franck Fregosi, chercheur au CNRS et auteur de Penser l’islam dans la laïcité. “Ils apaisent les tensions”, ajoute Marc Astasie. Mais tous s’accordent à dire qu’ils sont trop peu nombreux dans le milieu pénitentiaire. On en dénombre 151 contre 655 aumôniers catholiques. Trente imams doivent êtres recrutés d’ici 2014, a annoncé jeudi la ministre de la Justice, Christiane Taubira. Lire la suite sur lepoint.fr

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