L’adoption par les homosexuels vue par les psychiatres

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Sept psychiatres et psychanalystes ont été auditionnés, jeudi 15 novembre, par la commission des lois. Quatre se sont déclarés favorables au projet de loi du gouvernement, et trois s’y sont vivement opposés.

Après les sociologues, les anthropologues, les élus et les avocats, c’était au tour des psychiatres et psychanalystes de livrer leurs points de vue sur le projet de loi du gouvernement ouvrant le mariage et l’adoption aux couples de même sexe. Les pédopsychiatres Stéphane Nadaud et Serge Hefez, la psychanalyste belge Suzann Heenen-Wolff ainsi que l’historienne de la psychanalyse Élisabeth Roudinesco se sont prononcés en faveur de cette réforme. À l’inverse, le pédopsychiatre et psychanalyste Pierre Levy-Soussan, le psychanalyste Jean-Pierre Winter et le psychiatre Christian Flavigny ont expliqué les raisons qui les amenaient à s’y opposer.

Premier à prendre la parole, le pédopsychiatre Stéphane Nadaud a abordé la question de l’état psychique des enfants élevés au sein des familles homoparentales. “Je n’ai pas vu arriver en consultation des hordes d’enfants en souffrance psychique”, a assuré le clinicien. À l’entendre, ces enfants élevés par des couples de même sexe ne souffriraient pas tant de l’homosexualité de leurs parents que de la stigmatisation dont ces derniers sont victimes.

La construction de l’identité

Même constat du côté de Suzann Heenen-Wolff selon qui “l’homophobie, devenue politique incorrecte, s’est déplacée vers les familles homoparentales”. Abordant la question de la construction identitaire de l’enfant, la psychanalyste a estimé que les praticiens étaient arrivés ces dernières années à la conclusion que ce n’était pas tant la présence de l’adulte qui permettait à l’enfant de construire son identité (via un processus d’identification) mais bien plutôt le regard de ses parents. Selon elle, “deux femmes en couple regarderont leur petit garçon comme un garçon et comme un futur homme et l’aideront à se construire en tant que tel”, et ce que ce dernier n’ait besoin de la présence d’un père à la maison. Sans nier le fait que ces enfants aient un “surcroît de travail psychique” à faire pour se construire, elle a estimé qu’il en allait de même pour de nombreux autres enfants, notamment ceux adoptés ou ceux élevés au sein de familles monoparentales.

Neutralisation du vocable

Opposé au projet de loi, le psychanalyste Jean-Pierre Winter a, lui, souhaité poser des questions de fond sur les conséquences du projet de loi en matière de filiation. Il a fustigé un texte ayant pour conséquence “d’effacer les termes permettant la mise au monde d’un enfant”. Redoutant le remplacement des termes “père” et “mère” par “parent”, il a mis en garde contre cette “neutralisation” du vocable qui risque de faire oublier à l’enfant “qu’il est le produit d’une certaine mixité”.

Sans domicile affectif

À entendre le pédopsychiatre et psychanalyste Pierre Levy-Soussan, les enfants élevés par les couples homosexuels ne pourraient “s’originer” psychiquement. Selon le praticien, tout enfant doit pouvoir fantasmer la scène de sa naissance. Or, selon lui, les enfants élevés par deux personnes de même sexe ne peuvent “s’approprier la scène originaire” de leur procréation, “tout simplement car cette fiction n’est pas crédible”. Recevant nombre d’enfants adoptés dans son cabinet -y compris ceux élevés dans un foyer homoparental –, le psychanalyste décrit certains d’entre eux comme “sans domicile affectif”.

Répondant à ceux qui justifient le mariage et l’adoption pour les homosexuels au nom de la lutte contre les discriminations, le praticien estime que le projet de loi créera, de fait, une discrimination entre les enfants, avec d’un côté ceux qui pourront “s’originer psychiquement” et de l’autre les autres.

Élisabeth Roudinesco favorable à la réforme du gouvernement

Prenant le contre-pied d’une telle analyse, Élisabeth Roudinesco s’est déclarée, elle, favorable à la réforme du gouvernement. Elle estime que le mariage est une institution laïque qui n’est que “la traduction légale de ce qu’est la famille à une époque donnée” et, qu’en cela, il n’a rien d’immuable. Sur un plan plus théorique, l’historienne de la psychanalyse a estimé que c’était avant tout la prohibition de l’inceste -avant la différence des sexes – qui faisait la famille. Elle a assuré, par ailleurs, que ce n’était pas tant “le désir des homosexuels de fonder un foyer” qui détruisait la famille que “ la misère psychique, morale et matérielle”. Lire la suite sur lexpress.fr

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