La malédiction du quinquennat

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Après Chirac qui en faisait peu et Sarkozy qui en faisait trop, Hollande peine à s’installer dans la fonction présidentielle. La faute au quinquennat ?

Une malédiction plane sur l’Elysée. C’est celle du quinquennat. Depuis qu’il est entré en vigueur, il y a de cela dix ans, tous les présidents de la République semblent flotter dans des habits taillés trop larges pour eux. Jacques Chirac, pour son second mandat, acquis, il est vrai, dans les conditions très particulières du 21 avril 2002, est vite apparu comme un roi fainéant, soucieux avant tout de sa santé et de sa tranquillité. On a longtemps cru que c’était là le trait de caractère d’un homme vieillissant, aux réflexes dépassés et aux habitudes d’un autre âge, trop éloigné des réalités de son temps pour ne pas laisser à ses ministres – et notamment aux premiers d’entre eux - la réalité du pouvoir. Cette analyse, à l’évidence, était un peu sommaire.

Dans un tout autre registre, Nicolas Sarkozy a connu, entre 2007 et 2012, pareils déboires. Durant cinq ans, ses conseillers ont assurés qu’il était en train de se “re-présidentialiser”. Pour que l’expression soit juste, encore eût-il fallu que l’intéressé ait été un seul jour à la hauteur de sa fonction. On peut prêter tous les talents du monde à Nicolas Sarkozy. On peut louer son énergie. On peut discuter son bilan. Mais comment ne pas voir que, de l’épisode du Fouquet’s jusqu’à sa défaite du 6 mai, il n’a jamais trouvé le style et la manière de faire d’un président digne de ce nom. Là encore, on a incriminé le caractère d’un homme dont les pulsions, renforcées par un conception managériale du pouvoir d’Etat, heurtaient trop violemment la tradition républicaine dont il était pourtant le garant. Comme pour Jacques Chirac, ce jugement, sans être entièrement faux, mérite d’être aujourd’hui réévalué et cela à la lumière d’un double indice.

Un piège auquel tout président sera désormais confronté

Chirac, celui qui en faisait peu et Sarkozy, celui qui en faisait trop, n’ont jamais été aussi présidents que depuis qu’ils ne le sont plus. Le premier, dans le rôle du vieux sage, est devenu, au fil des ans, une sorte de figure tutélaire de la République. Il ne dit rien. Il n’agit plus. La maladie qui le frappe le laisse à l’écart du débat public. Mais pour l’opinion, il incarne une sorte de continuité dans la longue tradition des monarques qui, sous la Cinquième, ont été oints par le suffrage universel. C’est sans doute ce qui est en train d’arriver à Nicolas Sarkozy. Nul ne sait encore l’usage qu’il saura faire de cette nouvelle situation. Mais il faut bien constater que c’est en se taisant - enfin ! - qu’il est en train de trouver, dans une forme de discrétion, les attributs de son ancienne fonction.

Les malheurs de François Hollande, passée la douce euphorie d’une entame réussie, sont le second indice qui modifie la lecture du mandat de ses deux prédécesseurs. Sa normalité affichée est apparue, en quelques mois, comme une forme d’évanescence. Sa simplicité affichée a été perçue comme une manière d’esquive. Sa façon de ne pas accaparer toute la lumière du pouvoir a été lue comme le refus des responsabilités. Si on en est arrivé là, en si peu de temps, c’est que, dans cette affaire, le caractère des hommes joue moins que la logique des situations dans lesquelles ils se trouvent placés. Le quinquennat est un piège auquel tout président, sous la Cinquième République, sera désormais confronté. Le plus souvent à ses dépens.

Une réputation de culbuto confortée

Le quinquennat, en l’occurrence, va bien au-delà d’une simple réduction de la durée du mandat présidentiel. Il s’inscrit dans le cadre plus général d’une accélération constante du temps politique, dans une période de crise qui fait douter l’opinion de l’efficacité de toute action publique tout en exacerbant son besoin de protection. Ce n’est d’ailleurs pas là une spécificité française. Mais dans un système institutionnel, réformé en 2002, comment ne pas voir que tout fonctionne désormais à l’envers ? Partout, dans les démocraties européennes, le président - ou le monarque, peu importe - incarne la verticalité du pouvoir. Son mode de désignation, qu’il soit ou non héréditaire, le place naturellement à l’écart des aléas de l’actualité.

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