Miss Black : la France broie du noir

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Il se tient à Paris samedi 28 avril l’élection de Miss Black France. Dans l’entre-deux tours d’une présidentielle où le Front National et les questions d’immigration divisent les Français.

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Hasard de la météo ou stratégie com ? Opportunisme ou provoc ? Le parfum de scandale qui a ambiancé cette première édition risque d’occulter le vrai débat de fond qui est celui de la visibilité des minorités ethniques dans la société française. Pour le coup, par un renversement malheureux de perspectives, le problème est déplacé et posé du point de vue plus large des Français qui pourraient se sentir heurtés, exclus parce qu’ils sont Blancs. Alors qu’il visait précisément celles que l’on ignore dans les médias, que l’on ne voit pas dans les films, qui ne sont pas toujours bien représentées dans les concours Miss France.

Le fait est que le concept de race est de plus en plus dénoncé. Le dix mars dernier, le candidat socialiste à l’Elysée François Hollande a par exemple proposé de supprimer le mot “race” de la Constitution, lors d’un meeting consacré à l’Outre-Mer. A juste raison. Il n’empêche, il y a des personnes dont l’épiderme est plus foncée que d’autres : les Noirs. Ou les “ blacks” comme on dit en France. Par pudibonderie, pour éviter au possible de lâcher le mot presque grossier de “ Noir”. Mais si les Noirs ne sont pas une race, ils ne sont pas non plus une communauté !

Un concours de beauté n’a pas vocation à cliver, mais à distinguer…

Distinguer : non pas au sens de faire se démarquer une communauté mais plutôt de marquer une différence, mise ici au service de la drépanocytose, cette maladie africaine, qui compromet de façon dramatique quoique silencieuse la qualité et la durée de vie de millions de personnes.

Un concours de beauté est avant tout un concours sur l’apparence. Si l’on veut convoquer toute de suite des arguments moraux les plus absolus, la célébration du corps n’a-t-elle pas par définition quelque chose de discriminant ? Dans une société française où une personne sur trois est obèse (cf. La dernière enquête de l’ObEpi réalisée par l’Institut Roche de l’Obésité avec la Sofres), s’est-on jamais posé la question de la consécration de canons de beauté qui ne prennent pas compte d’une norme physique moyenne mais de considérations marchandes ?

Black or White ?

S’il est un domaine où être noir peut bien se revendiquer, c’est celui de l’apparence physique et par suite celui de tous les concours de beauté. Et puis dans le fond, il n’y a rien de définitivement exclusif dans cette initiative. Que l’on se souvienne du buzz qu’avait occasionné le sacre de Delphine Wespiser, accusée en 2011 du crime horrible de n’être pas une rousse naturelle. Rien n’interdit les “ caucasiennes” (faut-il préférer ce mot ou celui de “ White” à celui de Blanche pour faire bon poids bonne mesure ?) les caucasiennes qui estiment qu’elles se subliment en se bronzant, rien ne leur interdit donc de devenir de fausses Noires. De se mettre à dépigmenter leur peau, à la bronzer suffisamment, se crêper les cheveux, se faire des rastas ou avoir la boule à zéro façon Alek Wek.

Plus sérieusement, le président de l’association promotrice de cet événement, Fred Royer, a affirmé qu’une Blanche pouvait tout à fait être candidate :“ On n’ a jamais dit que les Blanches étaient exclues ” a-t-il déclaré au journal Le Monde. L’élection de ce samedi est soutenue par le CRAN, même si le fondateur de cette même association, Patrick Lozès, est lui sinon sceptique du moins soucieux de ne pas voir se développer un “ repli identitaire ” (site internet du Monde). Le concours de beauté est marrainé par Geneviève de Fontenay qui a pu estimer que “ la France, c’est la mixité ”.

Le tollé était prévisible, mais reste assez curieux parce qu’il existe en France, comme le rappelait le Service de presse du “ Comité Miss Nationale ” une “ MISS BLACK BEAUTY FRANCE ”. Mais ce communiqué rendu public le 24 avril dernier est rempli de contradictions. Ce “comité” juge en effet “ Miss Black France ” dangereux, “ communautaire ”, et “ ethnique ”.
Il y a des peurs : ça n’est pas malsain. Il y a des dérives toujours possibles consécutives à la mise en avant de ce qui distingue plutôt que de ce qui rassemble : mais l’événement dont il est question est (un concours de beauté “ pour célébrer la beauté noire”) n’est pas un pamphlet ou une charge de la beauté universelle qui n’a pas de couleur. Que des réserves légitimes ne se transforment pas en tirs groupés contre une initiative louable. Longue vie à ce concours qui devra imposer par la beauté ce que les discours n’ont pas toujours su faire accepter : la différence enrichit, elle ne nie ni ne diminue pas l’autre.

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