Samia Ghali : le buzz, et après ?

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Voilà un thème qui ne doit pas faire “pschitt” ! L’insécurité marseillaise a occupé, à la rentrée, nos écrans après la polémique déclenchée par Samia Ghali… La sénatrice-maire PS des 15/16e ardts. avait appelé l’armée à intervenir dans les Quartiers nord ! Ce cri du cœur, jugé “irréfléchi”, a néanmoins suscité des réponses éclairs du gouvernement en matière de sécurité. Qui est cette élue qui défraye la chronique ? Et que pense-t-elle des annonces de Premier ministre ? Rencontre.

Constance Mag : Vous avez suscité la polémique en appelant l’armée à intervenir dans les Quartiers nord de Marseille, pour lutter contre les crimes et le trafic de stupéfiants. Est-ce un véritable cri de guère ou un cri du cœur, sous le coup de la colère ?

Samia Ghali : Les deux à la fois ! Ça fait des années que je réclame plus de moyens. J’en avais marre. Nous en sommes à 21 meurtres cette année. Je préfère alerter le gouvernement, loin du politiquement correct, plutôt qu’être demain dans une situation irrécupérable.

C.Mag : Mais pourquoi maintenant ? Ça fait longtemps que Marseille enregistre, chaque année, une quinzaine de meurtres. Est-ce que c’était calculé ? Polémiquer pour exister à l’approche des municipales ?

S.G : Non pas du tout calculé ! Je ne pensais pas que cela allait faire le “buzz”. Sinon je l’aurais fait depuis bien longtemps !

“Avec des CRS, vous faites peur aux familles, aux enfants… Ils ne connaissent pas le terrain, moi j’ai besoin d’une police de proximité”

C.Mag : Dans une interview à La Provence, vous avez déclaré que “ça ne sert à rien d’envoyer des CRS pour arrêter les dealers”. Vous n’êtes donc pas satisfaite des annonces du gouvernement, qui a décidé de rajouter des effectifs ?

S.G : Avec des CRS, vous faites peur aux familles, aux enfants.. Ils ne connaissent pas le terrain, moi j’ai besoin d’une police de proximité. Et, je ne peux pas dire aujourd’hui que je suis satisfaite. J’attends de voir les actes, ce qui m’importe, c’est qu’il y ait eu une prise en compte de la situation de Marseille.

C.Mag : Mais ne sommes-nous pas dans “l’effet d’annonce” avec les mesures qui ont été avancées ? Certaines propositions, comme l’accueil des jeunes après le collège ou l’ouverture des établissements pendant les vacances, ne sont pas financées. Et on rappelle que la France doit faire 30 mds d’économies en 2013 !

S.G : Je ne sais pas, j’attends de voir je vous dis ! Vous savez, ça fait 30 ans que j’espère quelque chose.

C.Mag : Revenons sur la situation de Marseille. On l’a dit, plus d’une quinzaine de meurtres par an. Comment en sommes-nous arrivés là ?

S.G : Et bien depuis des années, les gouvernements, tous, ont laissé ces quartiers à l’abandon.

C.Mag : Mais est-ce que vous, les élus de secteurs, vous n’avez pas une part de responsabilité dans cette situation ? Deux députés PS, des maires de secteurs PS… Certains n’en sont d’ailleurs pas à leur premier mandant ! Vous n’avez et ne pouvez rien faire ?

S.G : Je ne suis pas responsable de cette situation. Je suis sénatrice depuis seulement quatre ans. Et nous n’avons pas de marches de manœuvre suffisantes.

Tant que dans les écoles, il y aura 98% de noirs, d’arabes et de gitans on ne pourra pas changer les choses !

C.Mag : Vous disposez tout de même d’une réserve parlementaire ! Vous pourriez donner des subventions aux associations qui font du soutient scolaire ou organisent des activités pour éviter que les jeunes trainent dehors.

S.G : Nous n’avons que 80.000 euros ! C’est très peu pour faire quelque chose d’efficace.

C.Mag : Le maire de secteur est aussi un officier de police judiciaire (OPJ), c’est-à-dire que vous pouvez enregistrer les plaintes et déclencher des enquêtes.

S.G : Ah bon, c’est nouveau cela ! C’est à la police de le faire !

C.Mag : Non, c’est aussi une de vos compétences.

S.G : Ah, je ne la connais pas !

C.Mag : Quelles sont vos solutions pour endiguer cette violence qui gangrène ces quartiers ?

S.G : Tant que dans les écoles, il y aura 98% de noirs, d’arabes et de gitans on ne pourra pas changer les choses ! Il faut plus de mixité et arrêter ces phénomènes de ghettoïsation. J’ai envoyé une lettre de six pages au Premier ministre pour désenclaver ces cités. Il faudrait diminuer les barres et reloger les familles ailleurs. Mais il n’y a que l’Etat qui peut obliger les bailleurs sociaux à le faire !

C.Mag : On va parler un peu de vous, vous êtes tombée dans le chaudron politique très jeune. A 16 ans vous militiez au PS. Est-ce qu’à cette âge, on est pas trop jeune pour entrer en politique ? On ne risque pas de se faire manipuler, de manquer de discernement ?

S.G : Vous trouvez que je me suis faite manipuler ?! J’ai grandi entre deux cités Bassens et Campagne l’Eveché. J’ai perdu beaucoup de mes amis à cause de la drogue. J’étais révoltée et le seul moyen pour mois de faire quelque chose a été de faire de la politique.

C.Mag : Vous avez véritablement fait le “buzz” dans les médias. Certains mentionnent votre nom pour briguer la mairie de Marseille en 2014. Cela vous tenterait ?

S.G : Vous savez, je corresponds d’une certaine façon à Marseille. Je ne m’interdis rien.

C.Mag : Ca veut dire oui !

S.G : Non, je n’ai pas dit oui. On ne prend pas une décision comme cela.

C.Mag : Depuis les législatives, des ambitions se dessinent, notamment de la part du député Mr Mennucci, de la nouvelle ministre Mme Carlotti et aussi de votre part. Mais ça va être difficile, avec la règle du non-cumul des mandants : “mandat local ou national, il faut choisir” ?

S.G  : Et bien dans ce cas, on choisira un mandant local (sourire).

Les chiffres qui blessent Marseille :

21. C’est le nombre de règlements de comptes qu’ont connu les BDR depuis le début de l’année.

794 kg de cannabis et 12,2 kg de cocaïne ont été saisis depuis le début de l’année.

40%. C’est le taux de chômage des certains quartiers nord de Marseille.

29,7% de la population marseillaise vit en dessous du seuil de pauvreté, selon une étude de l’Insee.

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